Jérusalem est ancrée au coeur du vécu juif,
enracinée dans les tréfonds de sa conscience. Lorsque le peuple
juif a entamé le long et périlleux itinéraire de l' Exil,
il s'est promis de ne jamais effacer le souvenir de Jérusalem et de porter
son deuil tant que cet exil durerait.
Le Talmud nous apprend que celui qui porte le deuil de Jérusalem a le mérite de la voir dans sa joie..." ( Taanit 30 b ) Plusieurs commentateurs s'étonnent de l'utilisation du présent " a le mérite " alors que le futur " aura le mérite " aurait été plus logique.
En vérité, le présent est tout à fait à sa place ici. En effet, avec Jérusalem, il ne s'agit pas d'un deuil au sens littéral et absolu du terme. Un deuil se définit essentiellement par le déchirement et la souffrance en face de ce qui ne peut être qu'irrévocable. Pour aussi surprenant que cela puisse paraître, le deuil de Jérusalem est un deuil teinté de joie et d'espoir... Il est une promesse. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle nous sommes autorisés à considérer le 9 Av ( Ticha Be Av ) qui commémore la destruction du Temple de Jérusalem, comme un Moed, une fête. En effet, ni ce jour là, ni la veille, nous ne disons de Supplications, et ce comme s'il s'agissait de la veille d'un véritable Yom Tov...
L'utilisation du présent " a le mérite " signifie que vivre le deuil de Jérusalem durant toutes ces années d'exil, c'était faire en même temps l'expérience, ici et maintenant, de la joie et de l'espoir.
Pour mieux comprendre de quoi il s'agit, reportons-nous au livre de la Genèse. Lorsque les fils de Jacob viennent annoncer à leur père Joseph a péri, Jacob prend le deuil de nombreux jours, mais se refuse en même temps à entendre des paroles de consolation. Ainsi qu'il est écrit: " Tous ses fils et ses filles se mirent en devoir de le consoler, mais il refusa toute consolation. "
Le midrash Rabba ( chap 24 ) explique au nom de Rabbi Yossi que l'on accepte d'être consolé sur des morts, non sur des vivants. La consolation intervient quand il n'y a plus rien à espérer, quand il faut tenter autant que possible d'évacuer la souffrance. En revanche, tant qu'il y a un espoir, la souffrance qui refuse la consolation montre par là même qu'elle ne se résigne pas à la disparition définitive. En cela, elle fait d'une certaine façon l'expérience de l'espoir et d'une certaine forme de joie... Quand elle imagine, par exemple, la splendeur des retrouvailles. Jacob a refusé d'être consolé par ses enfants car il ne pouvait se résoudre à l'idée que son fils n'était plus.
Depuis la destruction du Temple, le deuil de Jérusalem revêt une dimension de joie dans l'espoir car justement aucun Juif n'a jamais ressenti la perte de Jérusalem comme une perte irrémédiable et définitive. Prendre son deuil, c'était dans ce cas précis éspérer... Que la souffrance ait perduré à travers les générations signale justement cette incapacité à se consoler et donc à considérer Jérusalem perdue. Ainsi qu'il est dit dans les Avoth de Rabbi Nathan : " Jérusalem est appelée vive, comme dit le verset : "Je circulerai devant le Seigneur dans la Terre des vivants ( Jérusalem ). " ( Psaume116 ) "
Par définition, Jérusalem est génératrice de l'unité d'Israël. C'est pourquoi elle ne fut pas partagée entre les douze tribus; sa nature s'y refusait. Jérusalem ne peut servir qu'à unir les Juifs entre eux.
Le fait que le Yom Yéroushalayim intervienne justement entre Pessah et Chavouoth, c'est-à-dire durant la période qui nous prépare au don de la Thora, n'est pas le fait du hasard... Le peuple d'Israël a reçu la Thora dans un moment de cohésion et d'unité extraordinaires : " comme un seul homme, avec un seul coeur ! " La fête de Jérusalem nous aide à ressentir encore plus ce sentiment d'unité qui nous permettra de recevoir la Thora !