Ce commandement fait partie des sept lois noa'hides. II intéresse donc tous les hommes. Qu'il nous suffise de rapporter la Michna de Sanhédrine 37a pour en saisir la portée. II s'agit de ce texte qui précise la manière dont on vérifie les témoignages portant sur les affaires criminelles:
"Comment examine-t-on les témoins des affaires criminelles ? On les reçoit et on leur dit: Peut-être vous laissez-vous emporter par votre propre jugement, ou rapportez-vous seulement les paroles d'autres témoins, ou même d'un homme de confiance? (alors que vous devriez témoigner seulement sur ce que vous avez vous-même observé directement). Sachez que les affaires criminelles ne ressemblent pas aux affaires civiles: dans une affaire civile un homme peut se racheter en dédommageant sa victime (contre laquelle il a porté un faux témoignage). Dans les affaires criminelles, par contre, le sang de l'accusé et celui de ses descendants (qu'il empêche de venir au monde) est à la charge des témoins jusqu'à la fin du monde. Ainsi, il est dit de Caïn qui a tué son frère Abel: Les sangs de ton frère crient ... (Genèse 4,4). Si Adam a été créé unique c'est pour nous apprendre que celui qui est responsable de la mort d'un seul être est considéré comme s'il avait suscité la perte d'un monde entier. A l'inverse, celui qui sauve un seul être est considéré comme s'il avait sauvé un monde entier ... Peut-être vous vous dites: "Qu'avons-nous à prendre de telles responsabilités?" Sachez que (vous ne pouvez pas vous soustraire au témoignage car) il est écrit: "Toute personne témoin d'un fait qu'elle a vu ou qu'elle connaît, si elle ne le déclare pas, elle porte sa faute" (Lévitique 5, 1). Le témoignage est un devoir, l'abstention de témoignage est une faute. Peut-être vous vous dites: "Pourquoi serions-nous responsables du sang de celui-là? (Nous préférons encore nous abstenir et porter une faute que d'être responsables de la mort d'un homme)". Eh bien, il est dit: "Quand les méchants périssent c'est une joie" (donc si cet homme est coupable, vous n'avez aucun scrupule à avoir; au contraire)".
Le meurtre est une des fautes les plus graves qu'un homme puisse commettre. C'est pourquoi le sixième commandement, "Tu ne tueras pas", est inscrit sur les Tables de la Loi face au premier: "Je suis l'Eternel ton D.ieu" pour nous enseigner que celui qui tue, attente à l'image de D.ieu. Même quand il a agi pour une juste cause, l'homme qui a tué n'a plus le droit d'accomplir le service divin dans le Temple. D.ieu ne dit-il pas au roi David. "Tu as versé beaucoup de Sang et mené de grandes guerres; ce n'est donc pas à toi d'élever une maison en mon honneur, car tu as fait couler beaucoup de sang devant moi sur la terre." (1 Chroniques 22, 8)
Le meurtre est un méfait qu'on ne doit commettre à aucun prix. Son interdiction constitue un des trois commandements pour l'accomplissement desquels la Torah exige de nous le sacrifice de notre propre vie s'il y a lieu. Si l'on nous donne à choisir entre tuer notre prochain ou être tué à sa place, il faut nous laisser mettre à mort et ainsi "sanctifier le nom de D.ieu".
LE SANG LE PLUS ROUGE...
Le Talmud donne une raison logique à cette exigence: "Qui dit que ton sang (que tu voudrais sauver) est plus rouge que celui de l'autre?" Le meurtre, dit Maïmonide, est un crime pour lequel la Torah a été extrêmement sévère, comme il est dit: "Vous ne souillerez pas le pays dans lequel vous demeurez. Car le sang est une souillure pour la terre. Et la terre où le sang (innocent) a coulé ne peut être lavée de cette souillure que par le sang de celui qui l'a répandu".
Laisser un crime impuni est hautement grave. Les juges d'Israël doivent s'en sentir responsables. Ainsi, si l'on trouve un cadavre gisant en plein champ et que l'on ignore qui a tué, les juges et les anciens de la ville la plus proche devront apporter en sacrifice une génisse à qui on brisera la nuque dans une vallée aride. Le Saint, béni-soit-il, dit à ce propos: "Que vienne une génisse d'un an, qui n'a pas encore porté de fruit, qu'on lui brise la nuque en un lieu qui ne produit pas de fruits, pour expier le meurtre de cet homme à qui on n'a pas laissé le temps de porter des fruits". Et tous les anciens devaient laver leurs mains au-dessus de la génisse et proclamer à haute voix: "Nos mains n'ont pas versé ce sang et nos yeux n'ont rien vu. Pardonne à ton peuple Israël . . . "
Les anciens du Tribunal seraient-ils donc criminels, demande le Midrach? En fait leur proclamation signifie: "Nous n'avons pas vu cet homme et il est parti sans provisions et sans escorte." II faudrait que les responsables de l'ordre public lisent et relisent ces versets du Deutéronome (21, 1 $ 9) pour en mesurer toute la portée, dans la vie quotidienne, quant à la protection de tous les citoyens.
CAS DE FORCE MAJEURE
Peut-on disposer de sa propre vie et y mettre un terme? Bien sûr que non, sauf dans deux cas:
1) Pour sanctifier le nom de D.ieu quand on est contraint de renier la Torah dans ses fondements, c'est-à-dire d'embrasser l'idolâtrie ou de tuer son prochain ou de commettre l'inceste ou l'adultère. Dans une telle situation, le devoir suprême est de se laisser mettre à mort.
2) Si l'on sait d'avance
qu'on ne pourra pas résister aux sollicitations incessantes d'un tyran.
Le Talmud (Guittin 57b) raconte qu'à l'époque de la destruction
du second Temple, les Romains firent embarquer sur des bateaux 400 garçons
et filles pour les déshonorer. Aussitôt qu'elles eurent compris
ce qu'on leur voulait, toutes les filles choisirent de sauter à la mer,
suivies par leurs camarades garçons. Par ailleurs, s'il est admis que
tous les moyens thérapeutiques doivent être utilisés pour
sauvegarder la vie, il faut à l'inverse refuser toute thérapeutique
qui s'apparente à l'idolâtrie, au meurtre ou à l'adultère
(ou à l'inceste).
Dans deux cas on n'est pas
coupable d'avoir tué:
1) Quand on se trouve en face d'un ennemi avéré. Nos Sages ; disent
à ce propos: "Celui qui vient pour te tuer, devance-le, lève-toi
plus tôt et tue-le". C'est la légitime défense.
2) Quand on voit une personne qui en poursuit une autre pour la tuer, il faut prendre fait et cause pour la personne poursuivie et la délivrer, s'il y a lieu, en tuant le poursuivant.
Nos Sages ont donné à cette loi de nombreuses applications. En voici un exemple tiré de la Michna Ohalot 7, 6: Lorsqu'un accouchement tarde et que le fœtus met en danger la vie de la parturiente, l'on doit extraire le fœtus membre par membre car la vie de la mère a la priorité sur celle du fœtus (considéré comme "poursuivant"). Par contre, si le fœtus a déjà sorti la tête, on n'a plus le droit d'y toucher. A ce stade il est illicite de faire un choix entre deux vies égales, celle de la mère et celle de l'enfant.
TANT QU'IL Y A UN ESPOIR DE VIE ....
Peut-il y avoir un conflit entre la loi du chabbat l'urgence médicale (ou entre toute autre loi religieuse et une urgence mettant la vie en danger)? Non, en vertu du principe que la loi de la Torah est une loi de vie (mot hébreu). C'est donc une mitsvah de profaner le chabbat pour procurer tous les soins normaux nécessaires à une personne gravement malade. En d'autres termes, il ne peut y avoir de trêve chabatique (et, à plus forte raison, il ne doit y avoir relâchement les autres jours de semaine) dans une unité de soins intensifs ou de réanimation. C'est un véritable sacerdoce qui est accompli dans ces hauts-lieux médicaux par le personnel médical et infirmier. "Celui qui est zélé de profaner le chabbat dans un tel cas mérite des éloges, mais celui qui consulte une autorité religieuse avant de profaner le chabbat est un assassin" ajoutent nos Sages (Ora'h 'hayim, chap. 328).
On a posé à Rabbi Tan'houm de Noï (Chabbat 30a) la question suivante: "Peut-on éteindre une lampe devant un malade le Chabbat pour qu'il puisse dormir?" II a répondu: "L'âme humaine est aussi lampe divine. Mieux vaut que l'on éteigne une lampe humaine pour conserver la lampe du Saint, béni-soit-il."
A une parturiente, considérée toujours comme malade grave, il faut prodiguer tous les soins quand l'accouchement tombe un chabbat. II est permis également d'allumer pour elle une lumière, même si elle est aveugle: nos Sages ont considéré, en effet, que la lumière est essentielle à la femme qui accouche pour lui permettre de garder son courage, son calme et sa confiance.
Le jour de Kippour, il faut interdire le jeûne à un malade; il faut alimenter celui qui est pris de malaise à cause du jeûne (quand il s'agit, bien sûr, d'un vrai malaise et non pas d'une simple sensation de faim).
Quand une maison s'est écroulée, il faut, le chabbat, dégager les personnes ensevelies sous les décombres. On peut se demander cependant: reste-t-il encore des personnes ensevelies ou non? S'il en reste, les retrouvera-t-on vivantes? On doit néanmoins continuer les opérations de dégagement. Quand on atteint la personne recherchée, si elle est vivante, on continue les travaux de sauvetage le chabbat, mais si elle est morte on arrête les opérations.
Pour constater la mort,
le Talmud exige les critères neurologique (inconscience ou, aujourd'hui,
électro-encéphalogramme plat), respiratoire et cardiaque. Le principe
général est qu'on doit tout mettre en oeuvre pour arracher à
la mort un homme, tant que persiste une lueur d'espoir et même si les
opérations de sauvetage ne prolongent sa vie que de quelques minutes.
D'ailleurs, ces opérations ne doivent pas être confiées
à des non-juifs sous prétexte que c'est chabbat; elles doivent
être accomplies par les "grands d'Israël et leurs Sages".
"Voilà que tu as appris que les lois de la Torah ne sont pas
vengeance contre le monde mais miséricorde, bonté et paix dans
le monde" dit Maïmonide (Chabbat 2, 3).
Publié par le département de l'Education et de la Culture par la Torah dans la diaspora de l'Organisation Sioniste Mondiale, Jérusalem, B.P. 92, 1982