La cérémonie aura lieu dans la nef du Panthéon. Agnès Varda a créé pour la circonstance une œuvre audiovisuelle (projection de films sur quatre écrans, portraits de Justes) et le chœur Accentus interprètera une cantate de Francis Poulenc, « Figure humaine » sur des poèmes de Paul Eluard. « L’hommage de la Nation aux Justes de France » sera concrétisé par une inscription figurant dans la crypte du Panthéon. Voici le texte de cette inscription :
« Sous la chape de haine et de nuit tombée sur la France dans les années d’occupation, des lumières, par milliers, refusèrent de s’éteindre. Nommés « Justes parmi les Nations » ou restés anonymes, des femmes et des hommes , de toutes origines et de toutes conditions, ont sauvé des Juifs des persécutions antisémites et des camps d’extermination. Bravant les risques encourus, ils ont incarné l’honneur de la France, ses valeurs de justice, de tolérance et d’humanité ».
C’est le Mémorial Yad Vashem, à Jérusalem, qui
a défini dès 1953 la notion de Justes des Nations : ce sont des
non-Juifs qui ont sauvé des Juifs, au péril de leur vie, et d’une
manière totalement désintéressée, en les hébergeant,
en leur fournissant de faux papiers d’identité, ou en les aidant à trouver
des pays d’accueil plus sûrs.
En 2005, on dénombrait 20 757 Justes des Nations dans le monde. Pour
la France, on arrive à ce jour à un total de 2725 Justes.
C’est Yad Vashem qui décerne le titre de « Juste parmi les
Nations » après examen des témoignages qui lui sont soumis,
et qui décerne ensuite la « Médaille des Justes » soit à l’intéressé lui-même,
soit le plus souvent maintenant à ses descendants, enfants ou petits-enfants.
Une exposition organisée en Juin dernier au Mémorial de la Shoah, à Paris, a permis de découvrir les visages de beaucoup de ces héros anonymes. On y voyait de nombreuses photos de prêtres en soutane et de pasteurs, mais aussi de paysans, d’instituteurs, de notables ou d’ouvriers. Ces vieilles photos en noir et blanc étaient très émouvantes. On y voyait aussi les familles et les enfants qui étaient hébergés et cachés dans de nombreux villages de France. Certaines de ces photos étaient gaies, surtout celles où on voyait des enfants insouciants, alors que nous, spectateurs, savons qu’ils ne reverraient peut-être jamais leurs parents, qui les avaient confiés à ceux qui allaient devenir leurs sauveurs.
Dans le cadre de cette exposition fut également inaugurée l’allée des Justes, bordée d’un mur sur lequel sont gravés les noms des Justes français répertoriés jusqu’en 2006. Cette allée des Justes se trouve à l’entrée du Mémorial , près du Mur des Noms où figurent les noms des 76 000 Juifs français morts en déportation.
Nous avons tous entendu des récits de délations, de trahisons, de dénonciations, d’humiliations perpétrées par des Français envers des Juifs. C’est vrai, il y a eu des comportements inqualifiables et criminels. Il est vrai également que nous aurions préféré ne pas nous consoler en nous disant qu’il n’y a eu « qu’un tiers » de la population juive qui n’est pas revenu des camps de la mort, mais il ne faut pas minimiser pour autant les actions positives que d’autres Français ont accomplies en notre faveur en prenant des risques énormes, en payant parfois leur courage de leur vie.
On trouve dans la Torah deux injonctions à ne pas oublier le mal que nous a fait Amalek : « zahor » (souviens-toi ) et « al tishkah » (n’oublie pas). Nos Sages les ont interprétées de différentes manières, mais, en ce qui concerne les Justes, on pourraît peut-être les actualiser en disant « zahor » : souviens-toi du mal que nous ont fait les Nazis, et « al tishkah » : n’oublie pas le bien que certains non-Juifs nous ont fait.
A ce propos, il convient de signaler la parution cette semaine, aux éditions Payot, d’un livre de Gabriele Nissim : « Le jardin des Justes. De la liste de Schindler au tribunal du bien « . Il s’agit d’une biographie de Moshe Bejski qui fut président de la Commission des Justes de Yad Vashem, à Jérusalem, de 1970 à 1995. Moshe Biejski a démissionné en 1995 pour protester contre ce qu’il considérait comme de l’ingratitude envers les Justes et contre une attitude tendant à ne vouloir laisser à la postérité que le souvenir des souffrances et des destructions.
Moshe Biejski avait lui-même fait partie des juifs sauvés par Oskar Schindler, qui était un personage assez controversé, mais dont il a tenu à honorer la mémoire. De même, en tant que président de la Commission des Justes, il a dû résoudre de nombreux dilemmes, dont Schindler n’est qu’un exemple : peut-on être nazi et Juste ? Dans d’autres cas, c’était : peut-on être antisémite et Juste ? Moshe Biejski a voulu élargir la notion de « Juste » à des personnes n’ayant peut-être pas risqué leur vie, mais compromis leur honneur ou leur carrière pour sauver des Juifs.
Les cas les plus connus sont ceux du consul du Portugal à Bordeaux, Aristides de Sousa Mendes qui délivra plus de 10 000 visas à des Juifs, ce qui lui valut d’être destitué par le gouvernement de Salazar, et de finir ses jours dans la misère. Citons également le cas du gendarme Grüninger, de Saint Gall, en Suisse, limogé pour avoir aidé des Juifs, mort lui aussi dans la misère et dont la fille n’a obtenu que récemment la réhabilitation, à la suite d’un long procès.
En France, parmi les 2725
Justes recensés, on peut citer deux exceptions.La
première, c’est celle du village protestant du Chambon-sur-Lignon,
dans la Haute-Loire, où, sous l’impulsion du pasteur André Trocmé et
de sa femme, Magda, tous les habitants participèrent au sauvetage des
Juifs. Chose absolument incroyable : il n’y eut pas une seule trahison.
Le Chambon est le seul village à avoir reçu la Médaille
des Justes à titre collectif. Dans le village, une plaque rappelle qu’ « Ici,
on a aimé les Juifs ».
Le deuxième cas d’exception est celui de Léon Bronchart,
cheminot à la SNCF, qui, en Octobre 1942, à Montauban, refusa
de conduire un train de prisonniers politiques et de déportés.
Il fut le seul cheminot à avoir le courage de dire : « Non, je
ne conduirai pas ce train ».
Nous n’avons cité ces quelques cas que pour leur valeur exemplaire, mais, pour chaque famille concernée, chaque Juste fut un sauveur sans qui nombre d’entre nous ne seraient pas en vie actuellement . Je voudrais évoquer, pour terminer, notre cas personnel, et citer le nom d’Odette Androt, une jeune secrétaire de mairie (âgée aujourd’hui de 93 ans) qui vint en aide de plusieurs manières (faux papiers, hébergement, destruction de la liste des Juifs cachés dans le village, paraphée par le maire, et destinée au ministère de l’Intérieur) à une vingtaine de familles juives réfugiées dans un village de l’Indre.
Nous sommes heureux que ces Justes soient enfin honorés officiellement par la France et que soit ainsi réparé l’oubli dans lequel ils ont été trop longtemps tenus.
La cérémonie au Panthéon se déroulera le jeudi
18 Janvier 2007 à 18 heures dans la nef du Panthéon
.
La cérémonie, à laquelle participeront de nombreux Justes
ainsi que les personnes qu’ils ont contribué à sauver,
sera diffusée en direct sur France 2. France Culture proposera une programmation
particulière autour de cet évènement.
Le Panthéon sera ouvert gratuitement du vendredi 19 au dimanc he 21 Janvier 2007 de 10 heures à 17 heures. La scénographie et les écrans diffusant l’œuvre d’ Agnès Varda resteront en place pendant cette période.