Curieuse, cette période du Omer séparant la fête
de Pessa’h de la fête de Chavouot, don de la Torah.
Période de préparation à un moment unique de l’Histoire
et simultanément de deuil, en ce que les 12 000 « couples »
d’élèves de Rabbi Akiba y furent décimés par
une épidémie foudroyante.
Et le Talmud de nous enseigner « al chelo nahagou kavod ze laze »
: parce qu’ils ne s’honoraient pas les uns les autres ». Le
Midrach rajoute que Rabbi Akiba eut par la suite quatre autres élèves
qui répandirent l’enseignement de leur maître. S’inspirant
de ce qui avait causé la mort de ses élèves, Rabbi Akiba
leur demanda de ne pas être « Tsaré Ayin ».
Et nos maîtres d’expliquer que « Tsaré Ayin
», c’est celui qui n’est pas capable d’être heureux
de la réussite de l’Autre, qui n’arrive pas à se remplir
du plaisir qu’un ami satisfasse à l’objectif désiré.
En effet, cette attitude existe lorsque la réussite de l’Autre
me renvoie à mes propres échecs et m’oblige à me
poser la question suivante : « Ai-je exploité toutes mes potentialités
pour réussir et atteindre tous mes objectifs ? ». C’est la
raison pour laquelle plus l’Autre est proche, plus sa réussite
nous bouleverse en ce que nous lui ressemblons : peut-être aurions nous
pu faire nôtre cette réussite et son vécu, si nous nous
en étions donné les moyens ?... Seul, celui qui a appris à
explorer ses limites extrêmes dans l’effort, qui a su adapter ses
objectifs à ses potentiels, peut se réjouir de la réussite
de l’Autre en ce qu’il a conscience d’avoir utilisé
de façon optimale la palette de ses capacités pour arriver à
ses propres réussites.
Ces quarante neuf jours séparant Pessa’h de Chavouot sont propices à une réflexion profonde sur la place que je donne à l’Autre, mon désir de le faire exister, ma propension à me laisser bouleverser par ce qu’il est et les remises en cause que cela risque d’induire à mon propre niveau.
C’est à ce prix là que l’être humain atteint la Torah dont chaque phrase, chaque enseignement recèle aussi une fonction bouleversante de par la remise en cause qu’elle peut générer à l’intérieur de lui-même dans sa manière de penser et d’appréhender son existence. Il est intéressant de constater que dans nos sociétés, nous préférons commenter la destinée de chaque individu en disant parfois « c’est min hachamaïm » (cela provient du ciel)… Or, le roi Salomon dit bien dans le verset que c’est « l’imbécillité de l’homme [qui] lui fait prendre de mauvais chemins mais c’est sur D.ieu qu’il se met en colère ». Combien d’échecs sont imputés au manque de chance ou à la destinée alors que, souvent, c’est la non-connaissance réelle de nos potentiels qui a induit des directions où notre réussite ne peut être, faute d’atouts nécessaires.
Savoir Découvrir, Accepter et Apprécier notre capital de qualités nous permettra alors de nous engager dans des réalisations qui nous correspondent et qui sont à notre portée. A ce moment là, nous saurons trouver l’Equilibre, prélude à toute existence harmonieuse.