Le Rav Haïm Michael Dov Weissmandel fut un vaillant héros de l’œuvre de sauvetage des Juifs pendant la Shoah.
Avant la guerre, il fut le grand animateur de la Yechivah de Nitra en Slovaquie dont son beau-père le Rav Samuel David Ungar était le recteur. À cette même époque, il s’était déjà distingué par une intelligence lumineuse qu’il avait eu l’occasion de déployer lors d’un séjour à la célèbre université d’Oxford, où il avait contribué à répertorier et à classer des manuscrits des maîtres du Talmud du Moyen âge. Plus tard lorsqu’à la veille de la guerre les premières persécutions antijuives se produisirent en Europe, le Rav Weissmandel intervint déjà auprès du Foreign Office et les plus hautes autorités ecclésiastiques d’Angleterre attestèrent alors de son éminente stature morale. C’est cette même intelligence qui fit par la suite du Rav Weissmandel le grand pionnier de la découverte des « codes » de la Torah (publiés dans l’ouvrage Torath Chemed) et dont l’étude permet d’entrevoir un pur génie.
Lorsque la Slovaquie désormais gouvernée par le cardinal Tiso, devint un état satellite de l’Allemagne nazie et que les déportations de Juifs commencèrent, le Rav Weissmandel entreprit un projet de sauvetage des Juifs dont la hardiesse laisse encore incrédule. Se faisant passer pour le mandataire des grandes organisations juives internationales, il proposa au responsable SS des déportations en Slovaquie, Dieter Wisliceny, de fabuleuses sommes d’argent en échange de l’arrêt des déportations des Juifs de Slovaquie.
Le montage qu’il imagina pour duper les nazis était aussi risqué qu’ingénieux.
Les différentes personnalités qu’il associa à son
projet et qui formèrent ce qu’on appela alors le Groupe de travail
attestèrent par la suite leur admiration pour un Juif à la mise
la plus orthodoxe franchissant les portes de la Gestapo pour négocier
avec les barbares nazis. Grâce à ce stratagème ainsi qu’à une
entreprise savamment menée de corruption des dirigeants slovaques à travers
de copieux pots-de-vin, le Rav Weissmandel parvint à faire cesser les
déportations de Slovaquie pendant deux ans, alors que plus de 57 000
Juifs avaient déjà été envoyés à la
mort.
Par la suite, le Rav Weissmandel entreprit de sauver les communautés
juives de Hongrie, lesquelles n’avaient pas été inquiétées
jusqu’en 1944. Il fit alors appel aux grandes organisations juives
comme le Joint et la Légation de Palestine à Istanbul afin
qu’elle fassent parvenir des fonds nécessaires à corrompre
Adolf Eichmann que le marché intéressait.
Malheureusement, l’ignorance de l’hécatombe qui avait lieu
en Europe ainsi que la bureaucratie tatillonne de tous les organismes juifs
des pays libres firent que le Rav Weissmandel ne fut pas entendu, à son
grand désespoir.
Le Rav Weissmandel fut également le premier à recueillir le
témoignage de Rudolf Vrba, un juif slovaque évadé d’Auschwitz. À la
suite de ce témoignage, il fut également le premier à adresser
aux Alliés un plan d’Auschwitz en les exhortant à bombarder
le camp ainsi que les voies ferrées qui menaient chaque jour des convois
de Juifs hongrois à la mort. Mais là également il ne
fut pas entendu.
Le Rav Weissmandel fut finalement mis avec son épouse et ses cinq enfants
dans un train pour Auschwitz, dont il sauta pour se réfugier dans un
bunker de Bratislava et tenter de poursuivre dans la clandestinité l’œuvre
de sauvetage.
Après la guerre le Rav Weissmandel emmena aux États-unis, les
survivants de la Yechivah de Nitra et établit à nouveau cette
Yechivah dans la grande banlieue de New York à Mount Kisco. Là-bas,
il publia un ouvrage dénommé Min Hametsar dans lequel il consigna
-avec un chagrin et un ressentiment non dissimulés envers les grandes
organisations juives- les différentes péripéties de son
entreprise ainsi que les nombreuses lettres pathétiques d’appel à l’aide
qu’il adressa à ceux qui auraient pu l’aider.
L’ouvrage présenté ici est bâti autour de celui écrit par le Rav Weissmandel. Le mérite de l’auteur est d’avoir assorti la relation de ce poignant épisode de nombreuses de notes résultant d’une très longue et très minutieuse enquête auprès de survivants ainsi que de la consultation de nombreuses études, ouvrages et archives cités au cours du récit. Le traducteur a également adjoint des notes explicatives ainsi que des documents photographiques relatifs à des éléments nouveaux apparus après la parution de l’ouvrage original.
Traduction et présentation par Schlomoh BrodowiczL’ouvrage est distribué par BIBLIEUROPE. Il est en vente sans les librairies juives et prochainement dans les FNAC.