Cette série de cours est conçue comme un aperçu fondamental de l’histoire tout au long de ses 4 000 ans.

Habituellement, quand on prononce le mot « histoire », la plupart des gens sont pris de sueurs froides. Ils se souviennent de leurs années de collège, quand on leur faisait ingurgiter des noms, des dates, des lieux, des événements, dont il fallait se rappeler pour les examens et que l’on se hâtait d’oublier ensuite. Peut-être est-ce à cela que pensait Mark Twain quand il a écrit : Je n’ai jamais permis à ceux qui m’ont instruit de se mêler de mon éducation.

C’est pourquoi, avant de commencer de parler de l’histoire juive, nous devons examiner es raisons pour lesquelles nous avons besoin de l’étudier. Qu’est-ce que l’histoire ? Qu’est-ce qui n'est pas de l'histoire ? Que peut-on retirer de l’étude de l’histoire ?

L’histoire est, tout d’abord, un banc d’essai des idées. Nous pouvons parler d’idées en théorie, mais c’est la marche du temps qui nous indique clairement lesquelles sont justes et lesquelles sont fausses. On débattait, par exemple, il y a cent ans de la question de savoir quel système communiste ou capitaliste dominerait le monde, mais c’est l’histoire récente qui nous a montré que le communisme a échoué et que le capitalisme continue de prospérer.

 Ceux qui ne peuvent pas se souvenir du passé sont condamnés à le répéter.

L’histoire peut nous enseigner un nombre considérable de leçons. Comme le disait le philosophe hispano-américain George Santayana (1863-1952) : Ceux qui ne peuvent pas se souvenir du passé sont condamnés à le répéter.

La raison fondamentale qui doit nous inciter à apprendre l’histoire en général est que les hommes ne changent pratiquement pas. La technologie peut évoluer, les réalités géopolitiques du monde peuvent se modifier, mais les gens ont toujours eu tendance à répéter les mêmes stupidités. C’est pourquoi, si nous ne retenons pas les leçons du passé et si nous ne nous en souvenons pas pour les appliquer au futur, nous sommes voués à rester englués au fond des mêmes ornières et à rééditer encore et toujours les mêmes erreurs.

 

UN THEME ESSENTIEL

 Chez les Juifs, cette exigence ne fait aucun doute. Comme l’enseigne la Tora :

Souviens-toi des jours du monde, méditez les années de génération en génération, interroge ton père, et il te racontera, tes Anciens, et ils te diront</em> (Deutéronome 32, 7).

 Mais le fait beaucoup plus que ce qu’impliquent ces mots. Il introduit dans l’histoire humaine une idée extraordinairement révolutionnaire à tous égards, mais particulièrement dans le domaine de la moralité : l’idée d’un Dieu qui intervient dans l’histoire. C’est là une idée révolutionnaire, et l’une des croyances juives fondamentales.

Nous croyons en un Dieu qui est le Créateur, le Pourvoyeur et le Surveillant, ce qui veut dire qu’Il n’est pas un Dieu qui aurait créé le monde et qui s’en serait ensuite désintéressé, mais un Etre infini qui est activement impliqué dans la Création.

Tout dans l’univers est sous la direction de D.ieu. L’histoire est par conséquent un processus contrôlé conduisant vers une ultime destination.

Le judaïsme introduit dans l’histoire humaine une idée extraordinairement révolutionnaire à tous égards.

Cela signifie que nous devons apprendre l’histoire non seulement afin d’éviter les erreurs que nous avons commises dans le passé, mais aussi parce que nous avons un but et que nous cherchons à l’atteindre. Ce but constitue une idée incroyablement puissante dans l’histoire de l’humanité : notre conviction que nous allons     quelque part, que nous avons une destination, que nous progressons vers une ligne d’arrivée.

Nous avons une autre raison de ne pas commettre les mêmes erreurs : nous voulons atteindre cette destination aussi rapidement et le moins douloureusement qu’il est possible. L’histoire est la carte qui nous y conduit.

C’est pourquoi, dans cette étude, nous n’allons pas, malgré l’importance de ces détails, nous attarder à l’excès sur les noms, les dates, les endroits, mais sur les idées.

L’histoire que nous avons apprise quand nous étions à l’école est celle du pouvoir, celle des grandes batailles et des grands empires. L’idée essentielle est que ceux qui font le plus de bruit retiennent le plus d’attention. Mais l’histoire juive n’est pas une histoire de pouvoir. C’est l’histoire de certaines idées. C’est une histoire subtile, dissimulée sous la surface, derrière les événements.

C’est ainsi que, lorsque nous considérons l’histoire du point de vue des idées, nous voyons les choses d’une manière totalement différente. Cela ne change pas les événements, cela change seulement notre façon de les comprendre. Il sera très important de garder cela à l’esprit au fil de notre étude. Ce dont nous parlons     réellement, c’est de l’articulation des rapports de cause à effet tels qu’ils transparaissent de derrière la scène.

 

LE TEMPS JUIF

Le temps juif commence avec la création d’Adam, que nous considérons comme l’apogée physique et spirituelle de la création du monde.

Comme le relate le livre de la Genèse, Adam a été créé le sixième jour du processus de la Création, il y a 5762 ans. (L’an 2002 du calendrier grégorien, dont le point de départ est le temps de Jésus, correspond à l’année 5762 du calendrier hébraïque, qui commence à l’époque d’Adam.) Mais même si nous disons que le temps juif a commencé alors, nous n’avons aucune difficulté à admettre que les jours de la Création qui ont précédé le premier homme ont duré 15 milliards d’années.

Le concept d’un univers extrêmement vieux n’est pas embarrassant pour le judaïsme dans sa manière de comprendre la Bible. Cela parce que la formulation par elle de la manière dont le monde a été créé indique clairement un processus évolutionniste de rien à quelque chose, de l’énergie à la matière, puis à la matière     physique, à la vie aquatique, aux poissons, aux oiseaux, etc. C’est un processus évolutionniste allant du simple au complexe, puis à ce qui est le plus complexe de tout : l’être humain.

La difficulté que cause au judaïsme la théorie de l’évolution professée par Darwin est l’idée de hasard. Les Juifs croient que le monde évolue, mais que son évolution est guidée. Le hasard est incompatible avec la conception juive du fonctionnement de l’univers, tout comme avec notre vision de l’histoire.

 Rien n’arrive par hasard ni dans l’univers entier, ni sur terre.